La révolution silencieuse qui transforme l’Afrique : 12 000 bus électriques et ce n’est que le début
L’Afrique est en pleine mutation. Ses villes grandissent à une vitesse inédite, et avec elles, un défi colossal : comment déplacer des millions de personnes sans étouffer les mégalopoles sous la pollution et les embouteillages ? La réponse est en marche, et elle est électrique.
Des villes tentaculaires face à l’urgence
D’ici 2050, le continent africain verra sa population doubler. Les zones urbaines absorberont 80% de cette croissance. Imaginez 17 mégalopoles de plus de 10 millions d’habitants, contre une soixantaine aujourd’hui.
Cette expansion rapide met une pression immense sur les infrastructures. Les transports sont au cœur du problème. Des plans urbains qui éloignent habitations et lieux de travail. Une explosion des voitures et deux-roues motorisés.
Résultat : congestion, pollution, accidents. Les inégalités spatiales se creusent, les transports publics peinent à suivre. Mais l’Afrique ne baisse pas les bras.
Le pari audacieux de l’électrique
Face à ce constat, le continent innove. La mobilité électrique est devenue une priorité. Les bus électriques, malgré un coût initial plus élevé, promettent des économies massives sur le long terme.
Des pays comme le Nigéria, l’Afrique du Sud, le Kenya et le Ghana fixent des objectifs ambitieux. Ils veulent décarboner leurs systèmes de transport. L’accord de Paris n’est pas qu’un mot, c’est une feuille de route concrète.
Nairobi, Lagos, Cotonou : les pionniers
Le marché du bus électrique en Afrique est en pleine explosion. Estimé à 900 millions de dollars en 2021, il devrait doubler d’ici 2028.
Lagos, au Nigéria, a frappé un grand coup. Un contrat avec le géant chinois Yutong pour 12 000 bus électriques d’ici 2030. C’est une transformation à une échelle colossale.
À Nairobi, au Kenya, des startups comme Basigo déploient déjà des centaines de bus électriques. Roam, une autre entreprise, fabrique des motos électriques sur place. L’objectif : 50 000 motos par an.
Au Bénin, Spiro (ex-Mauto) équipe Cotonou en motos et batteries électriques. Un contrat avec l’Ouganda prévoit 140 000 deux-roues électriques. L’assemblage local crée des emplois et réduit les coûts.
Dakar, l’exemple qui inspire
Le Sénégal a franchi une étape majeure en janvier 2024. Dakar a inauguré son réseau de Bus Rapid Transit (BRT) 100% électrique. Une première en Afrique subsaharienne.
Sur 18,3 km de voies dédiées, 121 bus climatisés transportent les Dakarois. Un an après son lancement, le BRT est un succès retentissant. Plus de 18 millions de passagers transportés. 60 000 voyageurs par jour en semaine.
Le temps de trajet est réduit, le centre-ville désengorgé. La pollution et les émissions de CO2 diminuent. Ce projet crée aussi 1 000 emplois directs, avec une forte proportion de femmes.
Un modèle à suivre pour Abidjan
L’initiative de Dakar fait déjà des émules. Abidjan, en Côte d’Ivoire, lancera son propre BRT en 2027. Les travaux ont débuté en juillet 2024.
Ce projet de 369 millions d’euros vise à fluidifier le transport urbain. Il permettra à 300 000 personnes de se déplacer chaque jour. Les temps de trajet seront réduits de moitié.
100 bus électriques circuleront sur 20 km de voies réservées. Un système de billettique connecté aux autres transports. Des informations en temps réel pour les usagers.
Ces projets ne sont pas de simples améliorations. Ils dessinent les contours de villes africaines plus propres, plus justes et plus efficaces. L’Afrique est-elle en train de nous montrer la voie vers la mobilité de demain ?
